Le combat du Président de l'association devenu aveugle en 1979

Parti de Martinique en 1971 pour le service militaire, les corvées type, gardes à répétition ne l'enchantaient guère. Costaud et sportif, "le deuxième classe "demanda et obtint de s'entraîner au club de boxe de NIORT (Deux- Sèvres).Il n'a pourtant jamais boxé avant son service militaire. Mais c'est ainsi que Félix VERT PRE, soldat à Fontenay le Compte, originaire du Robert, allait à la fois échapper à ses gardes de nuit et aimer, à la passion, ce sport qui devînt plus tard, en Belgique, le métier qui l'aurait mené au sommet si ce n'avait été un jour de 1979 cet accident stupide…

Une semaine après, à peine installé, Félix Stéphane, fait connaissance avec le club de boxe dirigé par André VERCOUTERE. Quelques leçons, et Félix signe sa première licence. Les entraînements se font en compagnie de Fred CORANSON (Martiniquais), Jo CUPIANI (Africain) et le professionnel Jean DERC. Mais, le bouillant Félix trouve le temps long. Ce qui l'intéresse c'est boxer.

Alors, il quitte le club VERCOUTERE pour celui d'André GAUBERT. C'est à cet instant que débute la carrière amateur de Félix, en 1973…80 combats qui le mènent : en France mais surtout en Allemagne et en Belgique jusqu'en 1979.

C'est du reste le club Allemand de SCHLUTZ qui le prend en main pendant quelque temps. Puis installé en Belgique, il se voit proposé de passer professionnel par un manager qui l'avait repéré : Etienne GAUBLOM- à condition qu'il gagne trois matchs amateurs d'affilé. Félix remporte ces trois combats, dont un avant la limite et signe sa nouvelle licence : CELLE DE " PROFESSIONNEL".

Les dés étaient jetés, et le super- Walter VERT PRE attaqua une carrière fort honorable qui devait durer trois ans.

Alors qu'il envisageait son retour ver la France, et préparait le combat qui devait l'opposer au champion Gratien TONA ; Félix VERT PRE allait faire le combat DE TROP. Son adversaire, Edouard LANGROTEUS un véritable "tueur" qu'il menait néanmoins par cinq rounds, plaça le coup fatal- un terrible direct à l'œil gauche et lors d'une chute, la nuque heurta le sol violemment. Pour la première fois Félix mettait genou à terre, sur un ring sans encore savoir qu'il n'allait pas pouvoir continuer sa carrière de boxeur.

"je n'imaginais pas les risques que je courrais" commente aujourd'hui l'ex- boxeur dans sa maison du Vauclin, en se remémorant sa descente aux enfers: "décollement de la rétine" avait diagnostiqué le médecin, après avoir décelé une hémorragie interne. Une puis deux, puis trois opérations chirurgicales, des soins intensifs laissèrent croire en une rémission. L'ophtalmologiste de la commission médicale de boxe de Belgique, pour sa part n'avait rien décelé d'anormal, écrivant d'ailleurs sur la licence de Félix VERT PRE "apte à la boxe".

Rien n'y fit, l'œil perdit inéluctablement toute vision, dix mois plus tard, sans qu'on sache pourquoi, ensuite, le deuxième œil enclencha le même processus de résorption de la vue. Rendu méfiant par l'échec des premières opérations, Félix VERT PRE refusa les soins qui lui auraient peut-être permis de garder une vision partielle. Il SOMBRA PETIT A PETIT DANS LA NUIT TOTALE. IL AVAIT 28 ANS.

Retour au pays, installation au Vauclin. Que faire si jeune avec son fils Jean- Louis ? Vivre de souvenirs, ressasser la gloire du passé, puis mourir à petit feu, accablé de chagrin et de désespoir ? Félix VERT PRE voulut passionnément se ressaisir. Le résultat dépasse l'entendement : il force l'admiration et stupéfie son entourage, qui à peine à suivre !

Et d'abord cette présidence du boxing club du Vauclin, preuve que malgré son terrible handicap, l'homme n'a pas de haine envers la discipline qui l' a si douloureusement meurtri. Première réaction: MARCHER chaque jour avec son fils avant qu'il ne parte à l'école. Ainsi, jour après jour, Félix VERT PRE put-il mentalement, intuitivement, sensoriellement, reconstituer un univers à lui, d'une précision ahurissante.

Prenez le non-voyant dans votre voiture, si le parcours lui est familier, au virage près, l'ancien boxeur se repère de manière infaillible. Idem, quand il fait du tandem, de la course de la marche.

Le processus est maintenant bien au point, pratiquement chaque jour, dès 4h30 du matin, Félix se lève, fidèle client de taxis collectifs, il se fait conduire pour l'entraînement à la marche, au François, à Saint Joseph, pour le footing et le vélo.Pourquoi si tôt ? Afin de permettre à ses guides de filer ensuite au travail, ou à l'école. On aura compris que sans ce solide réseau d'amitié, rien ne serait possible .Personnage sympathique, ne se plaignant jamais, Félix est payé de retour, on l'aime bien dans le secteur et les aides ne lui font pas défaut.

Débarrassé de l'angoisse de l'inconnu, Félix VERT PRE peut alors se concentrer ses résultats n'en sont que plus stupéfiants. Ses entraînements d'abord. Alternativement, Jean Luc LEDOUX (junior) et Jacques JESBAC (senior), membre du Cyclo-club Franciscain, pédalent en leader. Leur coéquipier VERT PRE abat sans broncher ses 45 km tout en reconnaissant infailliblement tous les secteurs empruntés. La course pédestre ensuite, cette fois sous l'égide des guides : Alain URSULET, par ailleurs entraîneur du club franciscain, et Joël GALLION spécialisé en demi fond. Deux mois et demi auront été nécessaires pour la seule préparation du semi marathon (21 km) La marche enfin, où Félix use régulièrement ses partenaires, Régis VICTOR de saint joseph et Guy PIERRE de Fort de France.

Manifestement, Félix VERT PRE se lance des défis. Obstiné, il les relève et n'a de cesse d'aller plus loin dans la performance. Ainsi a t'il réalisé en 3h09 la course Trinité-Vauclin, il a piloté un avion entre la Martinique et la Guadeloupe ( aller- retour) en 1995. Monsieur VERT PRE a fait le trajet Robert - François en vélo les yeux bandés en 1992 précédé d'une moto, parcouru 7000 km en tandem dans le cadre du challenge Europa (huit pays traversés).Il a aussi effectué un défi très surprenant "24 heures non-stop" en échasse en 1994 et aussi il a fait le tour de la Martinique à moto en 1996. A Fontenay sous bois, sur une distance de 20 km, le sportif aveugle s'offrit le luxe de rafler la médaille d'argent.

Chez VERT PRE l'exploit est tellement omniprésent que son énumération en devient monotone. Un comble! Certains de ces exploits, notamment pour le téléthon ont été pilotés par antenne 2 au bénéfice des handicapés

. Les activités de Félix VERT PRE ont quelque chose d'étonnant, qui force le respect. Jugez plutôt : bricoleur né - mécanicien - plombier etc.…

De plus il a appris à vaquer à toutes ses occupations :

  • Confection des repas
  • Fait la lessive
  • Fait ses travaux ménagers
  • Fait son jardin
  • Fait ses courses
  • Se rend dans n'importe quel lieu sans guide, sa canne blanche est son seul compagnon sûr.

Félix VERT PRE ne recule devant aucun effort, aucun sacrifice, ce qui lui permet de prouver aux autres non voyants qu'ils peuvent se "débrouiller" et prendre en main leur destinée. C'est ainsi qu'il assure depuis 1996 avec une rare détermination, la lourde tâche de la présidence de l'association des aveugles de la Martinique, AGIR SANS VOIR, avec l'espoir de parvenir avec son conseil d'administration et les autres membres volontaires à l'intégration des handicapés visuels qui sont exclus de tous les rouages de cette société Martiniquaise.